Le faciès si particulier des sables ocreux est apparu, il y a environ 100 millions d’années, à la faveur d’une suite exceptionnelle d’évènements géologiques. L’histoire de l’ocre est complexe. Elle comporte deux phases qui se sont succédées au cours des temps géologiques. Tout d’abord, il faut imaginer qu’aux temps crétacés (au crétacé inférieur pour être précis) la région était recouverte par une « mer épicontinentale » peu profonde. Sur le fond de cette mer, s’accumulaient des matériaux venus du continent voisin, essentiellement des grains de quartz. Ainsi se sont déposées des masses de sables. Ces sédiments étaient riches en traces de vie animale sous marine : débris de toutes sortes de coquilles (beaucoup de lamellibranches : huîtres, moules, etc) d’oursins et surtout de foraminifères, très petits organismes, dont on décèle les traces dans les lames minces étudiées au microscope polarisant. Après la phase de sédimentation, s’est formé sur le fond, au contact avec l’eau de mer, un minéral vert : la glauconie. Ce minéral (variété d’argile) a pour particularité de renfermer dans son réseau cristallin des atomes de fer. Cette caractéristique cristallochimique a joué un rôle très important dans la suite de l’histoire de l’ocre. Au crétacé supérieur apparaît le deuxième phase, qui aboutit à la création des ocres. A la faveur de mouvements tectoniques, les dépôts marins du Crétacé inférieur ont été soulevés et sont parvenus à l’émersion. Un nouveau continent était né. Ce continent a aussitôt subi de sévères conditions climatiques. A l’époque, la Provence se trouvait dans un contexte climatique de type tropical équatorial (notre région était proche de l’équateur). Ce climat a provoqué d’intenses altérations « latéritiques », qui ont abouti à la dissolution de la plupart des minéraux des roches marines originelles, dont la glauconie. Celle-ci en se dissolvant (par hydrolyse) a libéré dans le milieu d’altération ses atomes de fer. Ainsi est apparue la goethite. Dès son individualisation, les roches du nouveau continent se sont naturellement colorées. Les ocres venaient de naître. En même temps, les altérations avaient formé des cristaux de kaolinite, car ce silicate d’alumine pur demeure le seul minéral argileux stable sous de telles conditions d’altérations tropicales. Les divers faciès créés par les paléoaltérations ne sont pas distribués au hasard : ils sont hiérarchisés suivant une suite verticale précise, qui constitue un « profil d’altération latéritique ». A la base du profil, on trouve les roches vertes, qui sont les roches « mères » marines, glauconieuses. Au-dessus, se superposent les divers faciès colorés des sables ocreux, eux-mêmes surmontés par les faciès des sols tropicaux : les sables blancs siliceux kaoliniques (qui sont d’anciens sables ocreux secondairement « blanchis » par lessivage des oxydes de fer) et, au sommet du profil, les cuirasses : lentilles quartzitiques blanches (cuirasses siliceuses) surmontées par la classique cuirasse ferrugineuse (ici essentiellement goethitique) marron. Par la suite, le climat ayant changé, les roches du Crétacé ont été recouvertes par d’autres dépôts, d’âge tertiaire, d’abord des continentaux (Eocène) puis à nouveau marins (Miocène). Et ce n’est qu’à la faveur des grands décapages quaternaires que les roches du Crétacé sont parvenues à l’affleurement telles que l’on peut les observer de nos jours. Observations amplifiées au niveau des falaises d’ocres, créées artificiellement lors des exploitations des siècles derniers. |